Du « choeur » à l’ouvrage

 

Nicole et Muriel Kling sont à la tête de l’unique entreprise de Moselle spécialisée dans la restauration de peintures d’églises. Un métier avec beaucoup de facettes, exigeant, mais gratifiant.

« Pour nous, c’est une fierté d’exercer cette activité. Une restauration, si elle est correctement faite, dure une centaine d’années. Et de savoir que nous travaillons pour les générations futures est une grande satisfaction ». Nicole Kling et sa fille Muriel Forato ont la passion chevillée au corps. Indispensable dans la profession, rare, qu’elles exercent : restauratrices de peintures d’églises. « Nous travaillons souvent dans des conditions difficiles, souligne Muriel Forato. Il fait froid, il faut grimper sur les échafaudages, les positions sont parfois acrobatiques, nous sommes accroupies, allongées, la tête en l’air pendant des heures, quand il faut nettoyer, repeindre des plafonds, des voûtes. Il faut s’adapter au support… Mais quand tout est fini, quel bonheur ! ». La Maison Kling prend en charge les travaux de restauration de peintures sur les murs, mais aussi sur les tableaux, les statues, les objets polychromes.

L’entreprise, basée à Guessling-Hémering, près de Faulquemont, est désormais une affaire de femmes. Alors qu’elle a été longtemps celle des hommes de la famille. « C’est le grand-père de mon mari, Victor Kling, qui a créé l’entreprise en 1902, à Haguenau, en Alsace, précise Nicole Kling. Il avait fait l’Ecole des Arts décoratifs à Strasbourg. A ses débuts, l’activité s’est développée en Alsace. Puis elle a été reprise par le fils de Victor, et ensuite par le fils de celui-ci, Lucien, mon mari. Lucien a développé l’entreprise sur la Moselle, puis sur la Lorraine. Au décès de mon mari, en 2000, j’ai décidé de poursuivre l’activité, en y associant notre fille Muriel. »

Car Nicole Kling a su s’imposer dans un milieu traditionnellement masculin. « J’étais secrétaire à mon entrée dans l’entreprise. Mais je me suis vite ennuyée, raconte la déterminée Nicole. Alors j’ai expliqué à mon mari que je souhaitais apprendre le métier de restauratrice et je me suis peu à peu imposée sur les chantiers. Ça n’a pas toujours été facile… Mais j’ai progressivement maîtrisé toutes les facettes d’un métier qui en comptent beaucoup : il faut savoir être métreur, établir un devis, être commercial, comptable, et bien sûr peintre, restaurateur, dessinateur, doreur ». Muriel, elle, a commencé à se former dans l’atelier familial. Puis la jeune femme a suivi une formation qualifiante chez un restaurateur de tableaux à Paris. L’entreprise compte aussi trois salariés, trois peintres qui ont en charge l’installation des échafaudages, et effectuent les travaux de gros œuvre, lorsque ceux-ci sont nécessaires, avant la restauration plus précisément. « Ce sont à la base des peintres en bâtiment que nous formons », explique Muriel. Depuis quelques semaines, une jeune fllle, Maëlle, effectue un stage dans l’atelier. Ce jour-là, elle effectue le démontage d’une toile. Un tableau qui fait partie d’un ensemble de quatorze, un Chemin de croix. Soit quatorze stations à restaurer, une commande du Conseil de fabrique de Raville.

De la truelle au coton-tige

Six à sept chantiers sont effectués par an. La totalité du chiffre d’affaires de la maison Kling est réalisé par des restaurations d’églises, et uniquement à l’intérieur de celles-ci.  Ce qui la rend vraiment unique par rapport à d’autres entreprises qui exécutent également des chantiers « extérieurs ». Avec la particularité en Alsace-Moselle, de l’existence de Conseils de fabrique (1), qui financent ces travaux de restauration. Dans les trois autres départements lorrains, Vosges, Meuse, Meurthe-et-Moselle, ce sont les municipalités qui paient sur le budget communal. Des donateurs, des mécènes peuvent également être des soutiens financiers. « Nous répondons à des appels d’offre, précise Nicole. Quant à vous donner le coût moyen d’un chantier, c’est difficile… Tout dépend de l’état dans lequel nous trouvons l’église. Il y a parfois de la grosse maçonnerie à réaliser avant d’attaquer la restauration proprement dite. Les églises sont souvent humides, pas parce qu’elles sont mal chauffées, mais l’eau du sol remonte par capillarité. Depuis plusieurs années, nous utilisons un procédé très performant pour assécher les murs. Un système basé sur l’inversion de la polarité électrique des murs et qui prend la forme d’un petit boitier de 40 cm sur 30. On le place dans un endroit discret dans l’église et il a une durée de vie de 60 ans ! C’est indispensable sinon, ce que nous réalisons est abimé dans l’année qui suit. »

« Entreprise du Patrimoine Vivant »

L’entreprise a recours à des matériaux très naturels. Notamment des peintures minérales, équivalente à de la chaux, qui laissent les murs respirer. « Nous utilisons une base puis nous fabriquons nos propres couleurs, précise Nicole. Dans certains cas, nous fabriquons même de la peinture à base d’oeuf, comme pour la chapelle de Schwerdorff. Notre souci est toujours de respecter le plus fidèlement possible les lieux, le style, mais aussi les demandes du client. »

Pour son savoir-faire, la maison Kling a reçu plusieurs prix. Celui de la « Victoire des autodidactes » pour Nicole par la Ville de Strasbourg en 2007. Le Grand prix du Conseil départemental de la Moselle en 2006, la médaille de la reconnaissance artisanale par la Chambre des Métiers de la Moselle en 2009. Et surtout elle a été classée « Entreprise du Patrimoine Vivant » en 2009, classement reconduit en 2014, une récompense qui va aux établissements sachant allier tradition et modernité dans leur savoir-faire (voir l’article dans notre numéro du 28 mars sur la manufacture Bianchi). En 2011, Nicole recevait la Légion d’honneur.

Dominique Péronne

(1) Les conseils de fabrique sont chargés de la gestion matérielle d’une paroisse. Une spécificité du régime local Alsace-Moselle.
Peintures Kling, 195 rue Principale, 57 380 Guessling-Hémering. Tél. : 03 87 90 92 94. peintureskling@wanadoo.fr. http://www.peintureskling.com

 

Savoir expertiser les oeuvres

Pour exercer ce métier de restaurateur, il faut des qualités bien précises : être patient, minutieux consciencieux. Surtout lorsqu’il s’agit de nettoyer des statues, des tableaux, parfois au coton-tige ! Le métier exige aussi d’être capable d’analyser toutes les composantes d’une oeuvre : « Les premières étapes nécessitent un vrai travail d’expertise, précise Muriel. Nous devons définir pour un tableau, par exemple, sa date de « naissance »,  quel type de toile a été utilisé, jute, coton, lin,… quel bois comme support, résineux, feuillu,… quel vernis. Il n’y pas de méthode clé en main. Nous devons constamment nous adapter. »

 

Des travaux très complets

Généralement, un chantier comporte les étapes suivantes : bâchage complet de l’édifice, montage d’un échafaudage avec création d’un faux plancher à 2 m du plafond, traitement de fissures et reprises des maçonneries, lessivage à l’éponge des murs et des vitraux intérieurs, mise en peinture de l’intérieur de l’édifice, en peinture minérale.

Peut s’ajouter à ces travaux, la restauration des ouvrages d’art, comme la polychromie des statues de chemin de croix, la réalisation de faux marbres, la restauration des anciennes dorures et la pose de feuilles d’or et argent, la création de décors peints et restauration de fresques, la réalisation de frises et de bandeaux.

 

 

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